Les Disparus de Mourmelon

La Grande Muette et la Grande Incompétente

L'affaire des disparus de Mourmelon (Marne) concerne la disparition de (au moins) huit jeunes hommes, sept appelés du Contingent (Service Militaire) et un civil, dont deux seulement ont été retrouvés, morts. Les disparitions ont eu lieu pour les huit disparus entre le 4 janvier 1980 et le 3 août 1987.


Aucune enquête sérieuse n'est effectuée jusqu'en 1983, même après quatre disparitions dans les mêmes circonstances. Après la disparition du premier appelé, Patrick Dubois, 19 ans, le 4 janvier 1980, les gendarmes de Valenciennes abandonnent rapidement les recherches et la Caserne de Mourmelon déclenche une procédure de désertion mais refuse d'aider la famille Dubois.

L'Armée française refuse pendant des années de collaborer aux enquêtes et soutient, même après quatre disparitions de la même caserne de Mourmelon de quatre jeunes hommes au physique ressemblant, qu'il ne s'agit pas de disparitions d'origine criminelle.

En 1987, le Ministre de la défense, André Giraud, qualifie cette affaire de "blague ridicule".

Le Ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, fait allusion à un prétendu "déséquilibre psychique des disparus" pour prétendre qu'il ne s'agit que de désertions, par huit fous, certainement... Bien qu'un des huit disparus n'est pas un militaire.

C'est seulement le 6 mai 1983, deux ans et demi après la première disparition, que la Section de Recherches de Reims est chargée d'enquêter à plein temps sur l'affaire.

Le 2 août 1984, trois dossiers de disparitions à Mourmelon sont clos par la Justice française. La même année, un nouveau chef, le Colonel Joël Vaillant, arrive à la Section de Recherches de Reims, avec de nouvelles méthodes et de la motivation.

Le 9 août 1988, huit ans après la première disparition, ce n'est pas une enquête judicaire qui permet de coincer Pierre Chanal en flagrant délit mais le simple hasard : des gendarmes le contrôlent alors qu'il est arrêté au bord d'une route avec son Combi Volkswagen, avec Palázs Falvay, entravé mais vivant, à l'arrière.

Chanal est condamné à dix ans de réclusion criminelle le 23 octobre 1990 pour viol et séquestration. Mais pour aucune disparition dans l'affaire du Camp de Mourmelon.

En 1994, le Canard enchaîné révèle que le SIRPA (Service d'Information et de Relations Publiques des Armées) - plutôt qu'apporter son aide pour retrouver les disparus - a commandé en 1987 à un sociologue une étude présentant « les disparitions de Mourmelon » comme une légende urbaine.

En 1995, un nouveau juge, le juge Chapart, parmi les plus de dix dans cette affaire, reprend le dossier, et part au Tribunal de Châlons-en-Champagne faire ce que ses prédécesseurs n'avaient pas cru bon de faire : utiliser les tonnes d'éléments de preuves saisis et mis sous scellés ; il se rend donc compte qu'une partie énorme n'a jamais été utilisée. Suite à son ordre, 457 éléments pileux sont découverts.

Ces éléments pileux permettent de mettre enfin Pierre Chanal en examen pour les disparus de Mourmelon. Quinze ans après la disparition de Patrick Dubois.

Le 16 juin 1995, Pierre Chanal est libéré avec environ 3 ans d'anticipation (il était en prison depuis 1988).

En octobre 2003, 23 ans après la première disparition, et huit ans après sa sortie de prison, Pierre Chanal est à nouveau convoqué devant la Cour d'assises de la Marne pour être jugé dans l'affaire des disparus de Mourmelon. Celui-ci a été interné en hôpital pyschiatrique, il est en grève de la faim et suicidaire comme il l'a publiquement annoncé. Il refuse de se présenter à son procès et se suicide à l'aide d'une lame de rasoir dans sa chambre d'hôpital. C'est la prison qui lui avait fourni six lames, malgré son profil à risque.

Pierre Chanal ne sera donc jamais jugé, et reste définitivement innocent dans l'affaire des disparus de Mourmelon, aux yeux de la loi.

Le 26 janvier 2005, le TGI de Paris condamne l'État français pour faute lourde.

Ce jugement pointe entre autres « l'inaptitude du service public de la justice à remplir sa mission » car une « série de fautes » commises par les juges d'instruction ainsi que par les enquêteurs « ont ralenti l'instruction des différentes affaires de disparitions inquiétantes » et ont conduit « à ce que demeurent inconnues les circonstances de l'enlèvement et du décès de plusieurs victimes. »

Dans cette affaire donc, tout ce que la Justice française aura réussi à faire, c'est se condamner elle-même...